Pourquoi nous avons choisi l’IEF ?

Je ne savais pas que l’école n’était pas obligatoire. Je ne m’étais jamais posée la question en terme d’obligation d’ailleurs. Tous les enfants allaient à l’école. Point.

Cependant j’appréciais plus la maternelle que les classes supérieures parce qu’elle me semblait un espace où l’enfant était plus libre et en dehors de la notion d’exigence de résultats.

Ma scolarité avait été plutôt marquée par la « peur » mais une peur qui prenait racine dans ma famille et qui trouvait son extension dans le système scolaire. J’avais conscience que telle avait été mon enfance et mon adolescence et qu’il n’y avait donc pas de raison pour que mes enfants vivent la même chose, que ce soit au sein de notre propre foyer que dans le système scolaire. J’avais décidé de faire confiance au corps enseignant.

Nous sommes parents de 7 enfants. Notre fils aîné a passé deux ans dans une école Montessori. Nous pensions que cette école lui offrirait un espace privilégié où il ne « souffrirait » pas d’être timide et introverti.

Puis étant donné notre projet parental de famille nombreuse, nous avons choisi l’école publique laïque gratuite. Notre fils était plus à l’aise et nous pensions qu’il n’y avait pas de raison pour que cette école ne lui convienne pas.

Nos trois aînés sont allés dans cette école. Nous n’avons pas rencontré de problèmes particuliers jusqu’au jour où la maîtresse de notre fille aînée a jugé qu’elle n’avait pas à anticiper le CP alors qu’elle semblait tout à fait prête à intégrer cette classe même si elle n’avait pas encore 6 ans (née au mois de janvier). Nous avons pris conseil auprès d’une psychologue qui nous a fortement recommandés de la faire passer en CP. Nous avons alors décidé de changer d’école et nous avons inscrit nos enfants dans une structure privée à effectif réduit et avec une pédagogie plus spécifique et personnalisée. Elle n’a cessé alors d’être parmi les deux premières de sa classe. Je tiens à préciser que nous n’avions pas d’exigences de résultats mais nous ne désirons pas pour autant que nos enfants ne puissent pas travailler en fonction de leur rythme et possibilités.

Nos enfants sont restés quelques années dans cette école. Nous étions satisfaits de la dimension plus humaine et plus familiale mais les devoirs avec notre fils aîné Hugo sont devenus assez vite un moment difficile. Notre fils était fatigué après une longue journée d’école. Je n’étais pas d’accord avec ce surcroît de travail et les méthodologies en vigueur. De plus, les apprentissages dans cette école étaient surtout axés sur les matières dites principales, le français et les mathématiques au détriment de toutes les autres. Ses notes dans ces deux matières ont commencé à diminuer et je sentais qu’il était de plus en plus pénalisé par ses problèmes de dyslexie qui ne trouvaient pas par ailleurs de solutions dans la rééducation traditionnelle.

Ma fille aînée n’avait aucun problème ni même mes deux autres enfants inscrits dans cette école si ce n’est le plus jeune qui a commencé à pleurer le matin au moment de la séparation alors qu’il réclamait d’y aller toute la journée. Le soir quand je venais le chercher, sa maîtresse me confirmait à chaque fois que la journée s’était très bien déroulée.

À l’occasion d’une discussion sur une liste internet, j’ai appris que l’école n’était pas obligatoire et qu’il existait un autre mode d’instruction, « l’instruction dans la famille ». Il suffisait simplement de faire une déclaration à la mairie et une autre à l’inspection d’académie. J’ai été immédiatement intéressée. Je suis alors entrée dans un monde différent à tous les niveaux. Il n’y avait plus d’obligation scolaire. J’ai commencé à me réapproprier ma vie et mes enfants la leur. J’ai osé m’écouter et de ce fait j’ai « mieux » écouté mes enfants alors que j’avais tendance à considérer surtout ce que me rapportait d’eux le corps enseignant. J’ai osé m’extraire de l’éducation que j’avais reçue qui considère que l’école, c’est l’école de la vie, qu’elle est le lieu où les enfants s’arment pour affronter leur vie d’adulte donc autant dire que ce choix que nous allions prendre était mal perçu par certaines personnes de notre proche entourage.

J’ai parlé de cette possibilité à mon mari qui m’a aussitôt soutenu et nous en avons parlé à notre fils aîné qui a accepté cette idée, mais au dernier moment, il s’est détracté et a entamé une nouvelle année dans cette école pour regretter ce choix dès les quinze premiers jours après la rentrée scolaire.

L’année s’est poursuivie dans cette école, mais la décision était prise pour l’année suivante et ma fille aînée et notre quatrième enfant nous ont suivis dans cette aventure. Nos deux autres enfants sont allés dans une autre école durant une année avant de nous rejoindre à leur tour à la rentrée suivante.

J’ai été surprise que ma fille aînée veuille nous rejoindre. Il me semblait qu’elle était plutôt satisfaite de sa scolarité. Elle avait de nombreuses amies et semblait accorder beaucoup d’importance à cette vie dans un établissement scolaire. Mais elle avait envie d’essayer « ce » quelque chose de nouveau. Si aller à l’école ne la dérangeait pas, elle ne pensait pas à ce qu’elle laissait derrière elle mais plutôt à ce qui allait se passer.

Quant à notre fils, le quatrième dans la fratrie, qui est allé à l’école dès l’âge de 2 ans et 8 mois, ses pleurs systématiques et sa courbe de croissance lente, me décidèrent à le retirer de l’école. Il put reprendre des siestes de manière régulière. Il put apprendre à lire alors qu’il en exprimait le désir depuis qu’il avait 3 ans et il devint dès lors plus posé et sa courbe de croissance plus harmonieuse.

La première année a été une année de découverte, d’excitation et de joie.

Cette première année fut aussi une période d’observation, d’apprentissages sur ce que nous ne connaissions pas : apprendre en dehors de l’école, apprendre surtout pas nous-même pour nous-même.

Je me suis informée sur un grand nombre de méthodes (Montessori, Cuisenaire, Les frères Lyons, …), j’ai lu de nombreux ouvrages, parcouru de nombreux sites, rencontré d’autres familles en adhérant notamment à deux associations qui représentent les parents qui font le choix de l’instruction en famille.

Au terme de cette première année, j’ai commencé à acquérir des livres, des méthodes. J’ai moi-même réalisé du matériel, préparé le travail de mes enfants. Cela a été vraiment très enrichissant. Je réfléchissais à la manière dont j’apprenais et j’apprenais ainsi à observer mes enfants, à découvrir leurs spécificités, leurs richesses. Il m’était donc plus facile de m’adapter à leurs manières de fonctionner et de personnaliser les apprentissages.

De plus je constatais après cette année durant laquelle nous avions plutôt transposé l’école à la maison que je n’avais surtout pas du tout envie de faire justement comme à l’école.

Je me suis rendue compte que les enfants aimaient certains sujets et qu’il était dès lors possible de s’y intéresser en abordant toutes les matières de manière transversale. Nous avons pour habitude de choisir un thème et de l’étudier dans sa globalité et il devient alors facile de faire de l’histoire, de la géographie, de l’art, du français, des mathématiques, etc. sans dissocier les matières les unes des autres.

Un voyage peut également servir de base de départ à un travail qui se nourrit des souvenirs de chacun et le rend ainsi bien plus vivant.

Enfin, nous avions le temps de vivre ensemble. Nous ne courions plus après le temps. Le lever, le petit-déjeuner, la voiture. Puis le soir, les devoirs, le goûter, le bain, le repas, le coucher.

Voilà à quoi se réduisait auparavant notre vie avec nos enfants. Une vie organisée autour et en fonction de l’école. Je me sentais dépossédée d’une vie que nous ne vivions même pas. Je savais que si nous continuions ainsi, je n’aurais plus de réels rapports avec eux. Ils grandiraient et nous aurions simplement vécu côte à côté.

Là, nous partageons des moments de vie que ce soit d’une manière qualitative que quantitative. Nous apprenons ensemble, nous découvrons ensemble, nous tissons de réels liens solides et d’une manière plus consciente et active.

Ils ont, bien entendu, leur vie en dehors de notre foyer, une vie avec leurs propres amis, une vie à travers leurs activités artistiques et sportives.

L’expression « l’instruction dans la famille » est inscrite dans la loi, mais elle ne correspond pas à notre réalité. Elle n’est pas seulement délimitée à cette sphère strictement familiale bien au contraire.

L’école nous impose ses horaires, ses périodes de vacances. Là, nous nous organisons en fonction de nos intérêts. Nous avons une plus grande liberté pour parcourir le monde car telle est surtout la vocation de ce choix en matière d’enseignement.

Depuis que nous sommes en instruction en famille, nous n’avons jamais autant voyagé et autant rencontré d’autres personnes de tous horizons.