La socialisation

Mes enfants ont 14, 16 et 18 ans. L’aînée est sorti de l’école à l’âge de 9 ans et n’a été ni au collège ni au lycée, ses sœurs ont arrêté l’école en même temps que lui mais depuis l’année dernière elles sont retournées à l’école. Ma fille aînée est en internat. La ‘socialisation’ était toujours une priorité pour moi. Il y avait d’autres enfants non scolarisés que nous avons beaucoup vu, avec qui mes enfants sont maintenant très proches.  Mes filles disent qu’à l’école elles n’ont que deux ou trois ‘vrais’ amis. Mais ce dont je me rends compte avec le départ récent de mon fils vers une ville de proximité, c’est que la question de la socialisation est beaucoup plus complexe que ça. Ce n’est pas uniquement les amis qu’on retrouve à l’école, on a aussi à faire avec les gens qui ne sont pas intéressés plus que ça par nous, même certains qui sont carrément agressifs. Dans le cadre de l’école on apprend à faire face à cette réalité, à aller vers les adultes qu’on ne connaît pas, à gérer le fait qu’il y a vraiment les gens et les situations pas cool. Cela amène à une certaine maturité que je trouve mon fils n’a pas encore acquise, des fois ça lui rend la vie difficile. Je ne regrette absolument pas ma décision de ne pas envoyer mes enfants à l’école toutes ces années, et je dis tout ça pour que les autres prennent note. Peut être il y a un moyen de créer les situations pour les enfants non scos qui les préparent bien pour l’indifférence du monde à l’extérieur de la famille et les amis. Mes enfants et leurs amis non scos sont adaptés à un monde qui n’existe pas encore, un monde où prônent l’amour et l’acceptation des autres, dans le monde d’aujourd’hui une légère carapace les éviterait peut être de trop déprimer.

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Nous participons régulièrement aux ateliers proposés par la médiathèque de la ville d’à côté. Celle-ci organise tous les ans une semaine de festival sur un thème qui change. Cette année c’était le thème des langues.

J’ai inscrit ma grande de 9 ans, Nolwenn, à un atelier « Etymolo jeux » le matin et hiéroglyphes l’après-midi.

En arrivant, l’une des intervenantes nous avait rencontré lors d’un atelier BD et ma fille a été accueillie d’un « Bonjour Nolwenn ».

En fin de journée on recroisait l’intervenante (après les ateliers donc). Et là elle nous dit que Nolwenn est vraiment très à l’aise, y compris avec les adultes. Que le matin pour l’étymologie elle était juste avec 3 retraités et que le courant est passé tout de suite. Qu’elle connaît plein de choses. Qu’on sent qu’elle est bien dans sa peau.
Anne-Cerise
Avec Nolwenn (2004), Gabriel (2007), William (2009)

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Un étudiant en sociologie me dit dernièrement : « Au début je t’avais dit que j’étais contre l’instruction en famille car tu coupais tes enfants de la société, mais à présent que je vous connais mieux, toi et les tiens, je vous ai observés et en fait j’ai changé d’avis : tes enfants sont beaucoup plus ouverts et tolérants que ceux que je connais. Ils viennent vers les gens sans a priori de leur âge, couleur, sexe, religion, pays, condition sociale, etc. J’ai vu que pleins de gens différents et incroyables venaient chez vous, des gens souvent très intéressants d’ailleurs, et tes enfants les voient, les côtoient, et sans toujours se mêler aux discussions, ils y participent tout de même en écoutant et absorbant. ». Cela m’a beaucoup touchée car je n’imaginais pas que nous puissions donner cette image. Mes enfants ont 7, 14, 16 et 18 ans et ont toujours été en ief.

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Après 13 ans de unschooling et 2 ans de CNED réglementé, notre aînée est entrée au lycée à sa demande.
Je suis parent d’élève, et lors du conseil de classe, les enseignants, les uns après les autres ont répété : « elle est sympa », « ah oui, elle est sympa », « très sympa ! ». Bien sûr, je sais qu’elle est sympa ! C’était un des objectifs des choix éducatifs et pédagogiques que nous avons faits, et ce n’est pas une surprise. Pour ma part, j’étais un peu inquiète car son premier trimestre n’a pas été brillant « on l’a laissée s’adapter » (de la maison à l’internat, c’est le grand écart), « on ne se fait pas de soucis pour elle ». A vrai dire moi non plus, selon mes critères, mais là on parle des critères Education Nationale, très sélectifs, qui laissent peu de seconde chance, et je ne voudrais pas que ce système la démotive par son manque d’intérêt pour l’individu alors qu’elle est réellement motivée.

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Sur un terrain de jeux, deux garçons de 4 ou 5 ans jouent. J’arrive avec mon fils de 4 ans. Il s’approche d’eux pour se mêler à leur jeu. Ils le repoussent, une fois, deux fois, trois fois, le poussent de plus en plus fort, il tombe, revient en pleurant. Repart vers eux, est à nouveau poussé, revient en pleurant. J’essaye de lui expliquer qu’il ne peut pas obliger les autres à l’accepter. Je lui propose une galette de riz. Il réfléchit. Prends le paquet et repart vers eux. Leur tend à chacun une galette et tout à coup, est accepté. Est-ce cela la socialisation ? Arriver à se faire accepter des autres ?

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Je n’ai jamais vraiment compris cette inquiétude à propos de la socialisation. Ce n’est pas parce que nous avons choisi ce mode d’instruction que nous restons toute la journée en famille à la maison. C’est curieux de penser cela. Mais il semble que pour la plupart des gens la socialisation, c’est à l’école que cela se passe. Comme la question de la scolarisation ne se pose pas vraiment, l’école (la crèche, …) devenant « naturellement » après la famille l’autre « agent de socialisation », la plupart n’imagine pas que cela puisse se passer autrement. Pourtant si, l’école n’est pas le seul « agent de la socialisation » pas plus que la seule famille.
Ce n’est pas tant le lieu qui compte mais bien la possibilité de côtoyer le plus d’univers possibles.
À l’école les enfants sont enfermés toute la journée avec les mêmes personnes tout au long de l’année. Mes enfants vivent en famille mais comme tous les enfants dans leur propre famille, le reste du temps ou la plupart du temps plutôt ils sont en contact avec des enfants et des adultes d’âges divers, d’origines diverses (sociales, géographiques, culturelles, …). Cette liberté de sortir, de partir, d’aller vers les autres fait partie de notre choix de mode d’instruction. Ils ont de nombreuses activités, font des stages en milieu professionnel, vont voir leurs amis non scolarisés dans toute la France, voient leurs amis scolarisés en dehors des horaires scolaires, rencontrent lors de leur voyage à l’étranger d’autres cultures, …
Je ne vois pas en quoi la socialisation de mes enfants peut prêter à préoccupation car à part les retenir par la force à la maison tout les pousse à aller vivre dans le monde.
En fait scolariser ces enfants ce serait avoir la certitude qu’ils ne risquent pas d’être enfermer chez eux ? On échange donc un enfermement contre un autre ?
En matière de socialisation, d’adaptation à la vie en société mes enfants n’ont pas d’autres problèmes que ceux liés à la difficulté pour les mineurs d’y être intégrés. La norme dans notre société, c’est l’école, et de 3 à 16 ans, les enfants y passent toutes leurs journées.
En dehors puisque l’enfant n’y vit pas, c’est un monde d’adultes qui n’est pas habitué à recevoir des demandes comme celles de mes enfants. Certes il est possible de faire des stages mais sous certaines conditions et je comprends que des conditions aient été mises en place pour éviter des dérives mais à trop en faire on exclut les mineurs de certains secteurs de la société.
Aujourd’hui c’est surtout cela qui nous pose question dans notre famille pouvoir facilement accéder à la société, pas de s’y adapter.
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Nous sommes à Paris en touristes et arrivons aux Arènes de Lutèce. Nous voulons les traverser en famille mais au milieu un groupe de jeunes joue au foot. Nous les parents, décidons de passer rapidement pour ne pas les déranger. Notre aîné marche lentement,
regarde autour de lui, va dans la direction des joueurs. Le ballon arrive vers lui. Il saisit l’invitation non préméditée pour se mêler au jeu ; il n’a jamais joué au foot : il fait comme si. Passe le ballon à son frère, appelle sa sœur, le groupe de joueurs se regroupe autour de lui : c’est qui cette fille (il a les cheveux longs) ? Il continue, au bout d’un moment fait une passe à un autre joueur, continue à courir avec les autres, on lui renvoie la balle et cela dure ¾ d’heure ! Est-ce cela la socialisation ? Etre capable de se mêler aux autres ?

Une réflexion sur “ La socialisation ”

  1. Une simple rencontre, je vous livre son message !
    C’est en compagnie de mon amie américaine que j’ai rencontré Hélène (11 ans) et André (8 ans je crois), dans le Jardin du Luxembourg, alors qu’ils s’affairaient avec beaucoup d’entrain, à barder de divers ornements l’improbable radeau que deux vieux messieurs fantasques, habitués du jardin, ont construit pour qu’il vogue à son gré sur le bassin central de ce parc magique.
    Hélène et André sont des enfants du monde, et leur parfait bilinguisme Français/Anglais (ils s’adressèrent à nous indifféremment dans les deux langues) m’a évidemment rendu curieux. Ils nous ont donc raconté un peu leur histoire puis présenté à leur parents Laurence et Patrice (ainsi qu’à leur grand frère Armand) pour nourrir encore un peu mieux notre curiosité. Laurence et Patrice sont artistes et globe-trotters. Et leur choix, fort judicieux ma foi pour ce genre de vie, fut de se charger eux mêmes de l’enseignement de leurs enfants, tout en les confrontant à la meilleure école qui soit : Celle de la vie et du monde, avec toutes les merveilleuses cultures qu’il recèle.
    Et le résultat est juste stupéfiant : Ces enfants là sont si vifs d’esprit, complètement à l’aise pour converser avec qui que ce soit, et montrant déjà une si grande maîtrise d’eux mêmes qu’on en reste pantois. Tout ceci ne les empêchant pas d’être enjoués, farceurs et demandeurs de câlins, bref quand même des enfants quoi ! :)

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