Comment mes enfants ont appris à lire …

Jules a été scolarisé durant les deux premières années de maternelle… Il voyait les grands monter les escaliers et il attendait le moment de gravir lui aussi ces marches et de pouvoir ainsi commencer à apprendre à lire comme les autres enfants du cours préparatoire.

Il a été déscolarisé avant qu’il n’emprunte ces marches. Lui qui avait envie de lire depuis ses 3 ans et à qui la maîtresse répondait que le sésame était la montée des marches a eu dû mal à oser franchir/s’affranchir de cette étape ritualisée. Il a fallu quelques mois après la déscolarisation pour qu’il ose… Je sentais comme un frein. Je lui ai alors raconté que j’avais appris à lire à 5 ans et le jour de ces 5 ans, il s’est lancé… un mois plus tard, il savait lire !

Pour Noé, qui n’est jamais allé à l’école et qui a plus de 9 ans aujourd’hui, l’accès a la lecture a été différent. Il a commencé à demander le son des lettres qu’il voyait autour de lui. Il y en a partout, le P de parking, les lettres sur une bouteille d’eau, les enseignes, … Je ne me souviens pas quand cela a commencé. Comme tout le reste, l’apprentissage de la lecture s’est fait spontanément, sans préméditation. Il s’interrogeait, nous répondions à ces questions. Et puis très souvent il demandait à un frère ou une soeur de lire pour lui. C’était bien plus facile et plus rapide ! Face à ces demandes pressantes et parfois un peu trop exigeantes au goût de certains, je lui ai proposé d’apprendre de manière plus formelle. Avec son père, ils ont égrené des sons, décortiqué des syllabes, … Seul, il a utilisé des applications sur sa tablette numérique. Il y a eu des va-et-vient, un intérêt, puis un désintérêt.

Avec lui contrairement à Jules, il n’y a pas eu cet avant durant lequel il ne savait pas lire et cet après qui aurait déterminé un « je sais lire ». D’ailleurs il a cru pendant longtemps ne pas savoir lire alors qu’il lisait plein de mots. Il n’y a pas eu un passage net et tranché. Il est d’ailleurs toujours en situation d’apprentissage (comme nous le sommes tous d’ailleurs).

Mais cette vision pour Jules d’un « avant » et d’un « après » ne concernait que le déchiffrage et même s’il mettait  des intonations de circonstances, il me semble que pour lui apprendre à lire a surtout été un défi, une manière de nous dire, ça y est « je suis grand », je suis en haut des marches. D’ailleurs il savait lire mais il n’était pas un « grand lecteur ».

Avec Noé, j’ai pu observer que l’apprentissage de la lecture s’inscrivait dans une continuité, que la démarche « Je vais apprendre à lire » n’a pas été la même. D’ailleurs il ne me semble pas qu’il ait dû le formaliser ainsi. Il a eu une curiosité pour les lettres qui sont omniprésentes dans notre société comme il a toutes les curiosités qui lui font poser sans cesse des questions sur tout.

Puis il a eu le besoin de lire pour jouer à son jeu vidéo préféré. Il a trouvé un moyen rapide de répondre à cette nécessité (la sienne) en s’adressant à ceux qui savaient lire puis en apprenant avec nous ou tout seul.

En fait il ne s’agit pas tant de se poser la question de « Comment lit mon enfant » ou « Comment mon enfant va apprendre à lire » mais plutôt « Pourquoi mon enfant a envie d’apprendre à lire ? » (si tant est que la question soit nécessaire)… et cette motivation qui lui est toute personnelle n’a rien à voir avec des méthodes de lecture… qui ne sont d’ailleurs pas indispensables. L’enfant construit son apprentissage comme il l’a mené quand il a commencé à parler ou à marcher. Il n’y a pas des méthodes pour apprendre à parler et à marcher. L’enfant procède par imitation, en observant, en faisant des essais. Et son environnement interagit avec lui.

La question que je me pose après toutes ces années à observer/vivre avec mes enfants concerne plutôt la réelle motivation des adultes qui décident pour les enfants de l’âge auquel ils doivent apprendre à lire. Il est inévitable qu’un enfant exprimera à un moment ou à un autre de la curiosité à l’égard des lettres. Les motivations peuvent être très différentes, l’acquisition de la lecture peut être très rapide ou bien s’étaler sur des années. Y a-t-il une crainte que l’enfant qui ne sait pas lire à 6 ans ne saura pas lire plus tard ? Ou bien qu’un « retard » (défini par rapport à une norme) aura des conséquences sur le développement de l’enfant ? J’ai des craintes mais je n’ai pas celles-là. Je pense que l’apprentissage de la lecture est une obligation, les enfants sont bien obligés d’apprendre à lire dès l’entrée au CP, qui répond à des exigences et des attentes des adultes. En dehors de toute contrainte apprendre à lire à son rythme peut prendre des années avec des périodes où l’enfant peut ne plus avoir d’intérêt pour la lecture et donner l’impression de ne plus « progresser ». De plus cet intérêt pour la lecture peut commencer « tard » en tout cas bien après 6 ans.

Je suis heureuse de pouvoir respecter la curiosité de mes enfants et de les laisser libres et acteurs de leurs apprentissages.

Et vous comment/pourquoi vos enfants ont-ils appris à lire ?

Valérie