L’audace selon François Bégaudeau, écrivain : « Supprimer l’école obligatoire… »

Leséchos.fr

Quelle est la mesure audacieuse qu’il faudrait prendre en France aujourd’hui 

[…] de l’autre, une mesure très pragmatique, la suppression de l’école obligatoire, et son remplacement par un service d’éducation non obligatoire à partir de l’âge de huit ans. Jusqu’à cet âge, l’école a la vertu de soulager les femmes… Mais elle n’est pas une fabrique d’audace : elle est davantage faite pour discipliner que pour faire bouger les codes et créer des gens audacieux.

 

 

Charente Libre : ils ont choisi de faire l’école à la maison

Au Tâtre, Sélène (7 ans) et Sylvain (4 ans) ne vont pas à l’école. Leur instruction est assurée par les parents. Le choix assumé d’une autre éducation.

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Stéphanie et Florent Faure espèrent faire le bon choix pour leur fille Sélène.
Stéphanie et Florent Faure espèrent faire le bon choix pour leur fille Sélène.. PHOTO/ CL

Sélène, 7 ans, et son petit frère Sylvain, 4 ans, ne fréquentent pas les bancs de l’école du Tâtre (1) où la famille réside dans sa maison en bois. Dans le rôle des «précepteurs», Stéphanie et Florent Faure, leurs parents, ont pris le relais des instits. «C’est un choix de vie», assume le couple.

De l’école, les deux parents sont ressortis déçus. Florent Faure n’a pas oublié les coups de règle sur les doigts à cause des fautes d’orthographe.«Conséquence, j’ai été dégoûté et je fais toujours des fautes.» Stéphanie a démissionné de l’Éducation nationale où elle était prof de maths. «Dans des classes de 30, on ne peut pas apporter un enseignement adapté à chacun», regrette-t-elle. «Nous n’avions pas envie que nos enfants vivent cela, concluent les deux parents. Tout le monde ne peut pas être au même rythme. L’école ne tient pas compte des individualités. C’est un peu trop le formatage forcé.»

«On peut faire des maths en cuisinant»

Stéphanie et Florent Faure assument. Et ils se sont dégagés du temps pour garder les enfants à la maison, du temps pour être attentifs à leurs besoins, pour solliciter leur curiosité. Stéphanie n’est plus fonctionnaire tout en assurant des cours de soutien.

«C’est elle qui assure l’essentiel de l’instruction, pendant que moi je travaille. Mais je suis au courant de tout», précise Florent, encadrant au chantier d’insertion de Baignes. Chez eux, ni contrôles ni notes. Leurs valeurs sont ailleurs et ils ne roulent pas sur l’or.

Au quotidien, Stéphanie Faure organise le matin des séquences d’études. «Il y a plein de sites d’enseignants pour nous aider. Je connais à peu près le programme à suivre, mais on le fait à notre façon. On peut faire des maths en cuisinant.» Récemment, elle a organisé une «session» de géographie. «On a beaucoup parlé du Japon, de ses traditions, des monuments. On dessine des cartes. En fait, tout est prétexte pour apprendre en tenant compte du rythme de l’enfant.»

En octobre, toute la famille a participé aux vendanges. Régulièrement, elle rencontre des artisans, s’inscrit à de nombreuses initiatives associatives. Et quand elle évoque «nos ancêtres les Gaulois», elle va à Esse. «On fait partie de l’association», sourit Florent Faure.

Les Faure vont picorer dans les musées de Bordeaux où ils ont pu rencontrer des familles qui partagent le même choix qu’eux. Ils balaient d’un revers de main la supposée absence de socialisation. «Croyez-vous que passer toute l’année avec le même groupe soit l’idéal, interroge le père. Notre fille fait de la musique, du poney, elle voit d’autres enfants.»

Critiques et pression

Ils se sont habitués aux regards extérieurs, parfois dubitatifs, voire critiques.«On subit une énorme pression», reconnaissent les parents. Mais ils tiennent bon. Sélène, elle, se dit ravie: «Même si je travaille un peu tous les matins, je ne suis pas obligée de me lever comme les autres», sourit-elle.

Pour les parents, le plus dur, c’est l’isolement de la zone rurale. «On voulait vivre à la campagne, mais pour la moindre sortie, c’est tout de suite des kilomètres.» Et comme leur famille habite loin, ils n’ont pas souvent de répit.

C’est aussi pour cela que le couple est en train de créer une association en Charente, «Libres d’apprendre» (2)«On connaît près d’une dizaine de familles en Charente. Avec cette association, on pourrait se rencontrer, partager nos expériences et donner des informations.»

Ils assurent laisser le libre choix à leurs enfants. «Après une semaine et demie à l’école, Sélène a choisi de rester à la maison», indiquent les parents, pas dupes cependant sur la maturité du choix de leur fille. «Mais dès qu’elle nous demandera de retourner dans l’institution scolaire, elle le fera», promettent-ils.

Côté institution scolaire justement, un inspecteur vient vérifier chaque année que Sélène a progressé, même si elle n’a pas suivi le programme à la lettre.

(1) L’instruction est obligatoire pour tous les enfants à partir de 6 ans et jusqu’à l’âge de16 ans révolus. Les parents peuvent choisir de scolariser leur enfant dans un établissement ou bien d’assurer eux-mêmes cette instruction sous contrôle de l’Éducation nationale.

(2) libresdapprendre16@yahoo.fr